L’aquarelle du mois

 

La force et l’harmonie

Il y a toujours cette nappe de brume argentée flottant au même endroit. C’est « l’esprit » du moulin, l’ancien souffle d’une vie passée. Elle est la conséquence d’une différence de température entre l’eau de la rivière et celle d’une source limpide qui coule sous l’arche sombre. Cette solide bâtisse retient sur cette berge de calcaire un bief d’eau pure, fils d’une source.

C’est maintenant une guerre étrange qui se joue : l’assaut d’une armée végétale de chaque côté du mur épais. Seule l’eau, alliée héréditaire, protège l’intrus de l’envahissement. L’escalier a souffert, mais les ronces – fautes d’eau – roussissent une fois le perron atteint.

Image immuable, le reflet abstrait décuple la force de l’édifice, qui tel un roi couronné de tuiles brunes est assis sur le trône de la berge émeraude. Echarpe d’hermine à ses pieds, la brume transcende le reflet. Force obstinée et leçon d’harmonie, le moulin active ses meules secrètes sur le grain imaginaire de la sagesse du passé.